NAIROBI (Reuters) - La police kényane a tiré en l'air et usé de gaz lacrymogène pour disperser mardi un rassemblement de manifestants de l'opposition, alors que les dirigeants du Mouvement démocratique orange (ODM) annonçaient la suspension des pourparlers avec le camp présidentiel.
Les manifestants, une centaine selon un témoin, brûlaient des pneus et bloquaient des routes dans le bidonville de Kibera, à Nairobi, pour protester contre l'impasse politique.
Selon des habitants, les manifestants ont également pillé des magasins et arraché des rails de chemin de fer sur la ligne reliant le port de Mombasa à l'Ouganda.
Les troubles se sont étendus à la ville de Kisumu, bastion de l'opposition dans l'ouest du pays, où police et manifestants se font face.
Ces émeutes sont les plus violentes depuis la conclusion en février de l'accord de principe sur le partage du pouvoir.
Le président Mwai Kibaki et le chef de l'opposition Raila Odinga se sont chacun rejeté lundi la responsabilité du blocage des négociations sur la formation d'un gouvernement d'union.
"Nous avons décidé que ces négociations (...) seraient suspendues jusqu'à ce que (le Parti de l'unité nationale de Kibaki) reconnaisse pleinement l'accord de partage à 50-50 et le principe de l'équilibre entre les ministères", a déclaré Anyang Nyong'o, secrétaire général de l'ODM.
RÉPARTITION DES MINISTÈRES
L'annonce de la composition du cabinet a été reportée à deux reprises et aucune date n'a été fixée pour une reprise des pourparlers, qui butent sur la répartition des ministères.
Selon Nyong'o, l'opposition demande la dissolution du gouvernement provisoire mis en place par Kibaki avant toute reprise des pourparlers, et souhaite que le format du futur cabinet soit réduit de 40 à 34 ministères.
Certains analystes estiment toutefois que la marge de manoeuvre de l'ODM est très réduite. "Ils peuvent accepter les postes qu'on leur propose, se retirer de la coalition ou appeler à de grandes manifestations", a estimé le politologue kényan Mutahi Ngunyi. "S'ils se retirent, ils rendent tout le pouvoir à Kibaki, et les grandes manifestations n'auraient aucun sens en ce moment", après le bain de sang qu'elles ont provoqué en janvier, a-t-il ajouté.
La formation du gouvernement est le point central de l'accord de principe conclu en février pour sortir le pays de la spirale de violence déclenchée par la réélection contestée de Kibaki le 27 décembre.
Les luttes politico-ethniques entre les partisans du président et ceux du chef de file du Mouvement démocratique Orange ont fait au moins 1.200 morts et 300.000 déplacés dans les semaines qui ont suivi le scrutin.
Katie Nguyen, version française Jean-Stéphane Brosse et Gregory Schwartz

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